Zépon, l’univers des Pitts à Coqs ( Modèle)

Et si on se faisait un ciné ? Je suis une passionnée de cinéma de manière générale, et du cinéma antillais en particulier. J’aime le cinéma qui nous ressemble. Ce samedi 12 Février je me suis rendue à la cérémonie de clôture de remise de prix du Ciné Martinique Festival organisée par Tropiques Atrium. Et à la projection de l’avant-première d’un des rares long-métrage Martiniquais, Zépon de Gilles Elie Dit Cosaque réalisé en 2020. J’ai beaucoup aimé le film avec des acteurs talentueux comme Christophe Rangoly, Vincent Vermignon, Jocelyne Beroard, Daniely Francisque, José Dalmat, Jean-Claude Duverger, et Sohé Monthieux le premier rôle féminin que je découvre. Ce fut une belle découverte et je vais vous expliquer pourquoi à travers tous les aspects qui m’ont plu.

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ticket

Le synopsis

A la suite d’un pari de combat de coqs, un homme, Viézo joué par Christophe Rangoly, plus connu sous le nom de “Papa Slam”, joue son unique fille .

affiche film zepon

Des relations parents-enfants conflictuelles

Viézo et sa fille Victorine entretiennent une relation complexe, entre tendresse et ressentiments liés à son goût pour la boisson et à la mort de sa mère, il y a quinze ans. Elle le protège de ses vieux démons ( l’alcool et les combats de coqs). La goutte d’eau sera le moment où elle apprend qu’elle a été l’objet d’un pari d’un combat de coqs. Elle décide de couper les ponts, mais revient très vite sauver son père. L’une des dernières phrases de Viezo à la fin du film est “ Je n’ai pas gagné, je n’ai juste pas voulu te perdre”. J’ai trouvé cette phrase magnifique et remplie d’amour. On comprend aussi que la relation parents- enfants de Chabin avec son défunt père est complexe dès le début du film quand il dit “ Je ne suis pas mon père”. Il tente tant bien que mal de se détacher de l’image ( trop) présente d’un père très dur envers son fils, mais qui lui a transmis son côté magouilleur et sournois…

combat de coqs

Un film aux couleurs locales

Zépon est profondément ancré dans notre univers Martiniquais , dès les premières minutes où l’on entend Bwa Brilé d’Eugène Mona, le ton est donné… Zépon est un film Martinico-Martiniquais. Tout au long du film des proverbes créoles s’affichent , certains d’entre eux m’étaient parfaitement inconnus “ Nonm pa ka soulé Karaf”, “ Ti moun pa ti chodye”, “ Bal fini violon dan sac”. Certains personnages ne sont appelés que par leurs surnoms comme “ Viézo” ou “Chabin”. Une référence au fait que le surnom ou sobriquet soit un élément fondamental de notre patrimoine immatériel. Qui ne connaît pas dans son entourage une personne portant un surnom dont on a oublié le véritable nom ?

Déjà le titre du film Zépon fait référence aux éperons des coqs de combat et à l’univers des pitts à coq ( gallodromes), un élément fort de notre culture Martiniquaise. Il s’agit d’une tradition multi-séculaire ( les coqs de combat ont été introduits dans les îles par les colons). Viézo, le père est le meilleur maître coq de la Martinique jalousé par Chabin le bad boy, beau gosse ( Vincent Vermignon) du film ou le Majô comme on dit chez nous qui entretient une relation de rivalité qui date de l’époque de son défunt père ( ce dernier ayant gagné un terrain à la suite d’un pari avec Viézo, il n’avait d’ailleurs pas supporté que la mère de Victorine choisisse celui-ci ).

Le surnaturel : un reflet de l’imaginaire Martiniquais

Notre culture Martiniquaise se fonde aussi sur le surnaturel, les créatures mythiques comme les dorlis, ou les soucougnans, et les rituels magico-religieux. Le petit voisin a d’ailleurs peur des créatures surnaturelles lorsqu’il accompagne Victorine la nuit chez Chabin.

On comprend qu’elle pratique le quimbois avec des poupées vaudou quand une cliente s’approche pour lui demander subtilement ( ou pas ) un remède pour sa voisine ( elle-même) ayant un problème avec son mari qui a un problème d’organisation ( Comprenez érection !). J’ai d’ailleurs trouvé la scène hilarante ! Les défunts sont aussi présents : la mère de Victorine en robe blanche à la rivière lui racontant l’histoire de sa naissance sous forme de contes, le père de Chabin fâché de voir son intérêt pour la fille de Viézo et lui reprochant de déshonorer le nom de sa famille. Je remarque que les fantômes sont une thématique assez récurrente dans le cinéma antillais.


L’humour

Enfin, Zépon est aussi un film avec une touche humoristique notamment avec le petit voisin squatteur fan de Marius Trésor ( une référence étonnante pour son jeune âge) dont on ne voit jamais les parents, les références à Rocky Balboa lors de l’entraînement du coq courant derrière une voiture, ou aux Western lorsque les protagonistes rivaux se regardent, ces jeux de regards créent un effet comique surtout grâce aux jeux d’acteurs. J’avoue, j’ai beaucoup ri pendant le film.

Une mention spéciale à deux actrices que j’aime beaucoup notre Queen Jocelyne Beroard ( qui joue Titine une femme de coeur bienveillante et déterminée la mère de substitution de Victorine) découverte en tant qu’actrice dans le film Siméon réalisé par Euzhan Palcy, que j’ai vu à l’âge de 9 ans lors d’une sortie pédagogique. Je crois que c’est d’ailleurs à cette époque qu’est née ma passion pour le cinéma. Et Daniely Francisque comédienne et metteure en scène talentueuse qui joue le rôle de la défunte mère de Victorine. Ainsi, j’espère avoir pu vous faire voyager avec moi dans l’univers de Zépon, un film à voir absolument en ce moment à Madiana ! Soutenons notre cinéma Martiniquais, parce que la culture est l’affaire de tout un peuple !

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Muriel MARKOS